La sensibilité ISO

 Dans cette leçon, nous allons aborder le dernier des trois paramètres de l’exposition (après la vitesse d’exposition et l’ouverture) : la sensibilité ISO, ou juste ISO en abrégé 🙂

Dès que vous maîtriserez ces trois paramètres, vous connaîtrez 90% de la technique nécessaire pour créer des images qui restituent votre vision.

Revenons à l’analogie du seau et des tuyaux (c’est la dernière fois, promis). La sensibilité ISO correspond à la finesse de la maille du tamis placé sur le seau. Si vous décidez d’utiliser un tamis à mailles fines (ISO faible), vous allez récupérer de l’eau de qualité (sans impureté), mais en quantité réduite. C’est parfait tant que vous avez assez d’eau pour remplir votre seau, et vous pouvez alors vous permettre d’être exigeant sur la qualité 😉.

Quand le débit se réduit (il fait plus sombre), vous allez devoir faire des compromis en augmentant la taille de la maille de votre tamis (augmenter les ISO), et donc accepter la présence d’impuretés dans votre seau (bruit numérique).

La sensibilité ISO est une des différences fondamentales entre la photo argentique et numérique. En argentique, l’ISO est une propriété de la pellicule utilisée, et la seule manière de changer l’ISO est donc de mettre une nouvelle pellicule. Pas le plus pratique. Surtout quand on est habitué au numérique, où vous pouvez facilement changer les ISO d’une photo à l’autre en tournant simplement une molette (ou en modifiant la valeur dans les menus, pour les moins chanceux d’entre nous !)

Cela permet une parfaite adaptation aux conditions lumineuses que vous rencontrez.

Pour ceux qui ont déjà photographié en argentique, vous avez peut-être utilisé le terme ASA ou DIN pour désigner la sensibilité du film. Les ASA sont exactement la même chose que les ISO, qui est devenu désormais le terme standardisé. Le DIN, en revanche, utilise une autre échelle logarithmique qui est complètement obsolète.

Concrètement, augmenter les ISO a le même effet que de laisser rentrer plus de lumière dans l’appareil (comme avec la vitesse d’obturation et l’ouverture). Mais il y a un effet secondaire : plus vous utilisez des valeurs élevées, plus cela entraînera du bruit (du grain), surtout dans les ombres.

La quantité de bruit dépend principalement de la taille de votre capteur : typiquement, les capteurs plus grands et plus récents peuvent mieux monter dans les ISO avant que le bruit ne devienne inacceptable. Cette limite peut être extrêmement élevée pour certains appareils professionnels comme le Nikon D6. Néanmoins, un même appareil photo produira toujours la même quantité de bruit à une valeur ISO donnée. Il peut donc être très utile de faire quelques tests sur votre appareil pour connaître cette valeur.

Les photographes ont tendance à avoir des valeurs ISO de référence :

  • ISO de base
  • ISO à partir de laquelle le bruit commence à être visible
  • ISO maximal acceptable pour conserver une bonne qualité d’image (c’est une valeur très importante !)
  • ISO maximal, utilisable en cas d’urgence uniquement

De la même manière que la vitesse d’obturation et contrairement à l’ouverture, la sensibilité ISO est une échelle linéaire. Si vous doublez sa valeur, la quantité de lumière perçue par le capteur double. Ainsi il est facile de comprendre ce qu’est un STOP de sensibilité ISO : simplement une valeur doublée.

Si vous shootez à ISO 800 et vous voulez diminuer l’exposition d’un STOP, passez à ISO 400. Si vous voulez augmenter d’un STOP, passez à ISO 1600.

Il est assez facile d’enlever le bruit d’une image, et la plupart des appareils photos ont une fonction « réduction du bruit » accessible dans les menus. Gardez en tête que ette fonction ne va s’appliquer qu’aux fichiers JPG et non aux fichiers RAW (on en reparle plus tard !)

Cependant, si vous photographiez en JPG, soyez prudent avec cette fonction car elle a tendance à supprimer les fins détails en moyennant les pixels dans chaque zone pour supprimer ceux qui diffèrent trop. Ainsi, vous pouvez vous retrouver avec des textures lissées et une perte des fins détails, ce qui donne un look « plastique » peu naturel. C’est particulièrement perturbant pour les tons chair, et vous aurez l’impression que votre sujet s’est maquillé avec de la banane !

La réalité est que même avec le meilleur algorithme de réduction, le bruit est plus ou moins définitif quand il est présent. Et si vous ne prenez pas garde et avez la main trop lourde, les remèdes peuvent empirer la situation d’origine.

La plupart des appareils photos ont un ISO de base compris entre 100 et 200 ISO. A cette sensibilité, la qualité d’image sera optimale, et vous ne devriez changer cette valeur uniquement si vous avez une bonne raison de le faire. Si vous montez les ISO, vous allez bien sûr augmenter le grain dans l’image, mais aussi diminuer sa plage dynamique (l’écart maximal de luminosité entre les tons noirs et les tons blancs que l’appareil peut capturer).

Vous entendrez peut-être qu’il est possible d’éviter d’augmenter les ISO en sous-exposant son image et en augmentant l’exposition au post-traitement. En fait, c’est la même chose et vous obtiendrez les mêmes niveaux de bruit avec les deux méthodes.

Maintenant, c’est à vous !

Comme pour les deux dernières leçons, votre mission va être ici assez rapide et va vous permettre de vous familiariser avec la sensibilité ISO de votre appareil.

Tout d’abord, jetez un œil dans le manuel de votre appareil pour faire en sorte d’afficher la valeur ISO sur l’écran LCD de votre appareil (ou dans le viseur) pendant que vous prenez des photos. Sinon, il est sûrement possible de l’afficher après-coup, sur l’écran arrière.

Ensuite, paramétrez votre appareil en JPG (pour cet exercice uniquement 😉), et désactivez dans les menus la réduction de bruit de l’appareil (souvent appelé « noise reduction »)

Trouvez un sujet bien éclairé et photographiez à toutes les sensibilités ISO que votre appareil propose, en commençant par la valeur la plus basse et en terminant à la valeur maximale (par exemple ISO 12800 ou plus haut).

Faites maintenant le même exercice avec un sujet beaucoup plus sombre (par exemple en intérieur).

Enfin, activez la réduction de bruit au niveau maximal de votre appareil (souvent, le niveau s’appelle « high »), et refaites ces deux exercices.

Regardez maintenant les images sur votre ordinateur :

  • Dans la première série d’image (sans réduction de bruit, environnement clair), regardez à quel ISO vous commencez à percevoir le bruit, et à quelle valeur d’ISO le niveau de bruit vous semble inacceptable.

  • Dans la seconde série d’image (sans réduction, environnement sombre), observez le bruit. Vous allez découvrir qu’il est visible plus tôt quand il y a moins de lumière. Quel est l’ISO maximal acceptable de votre appareil ? En général vous devriez être entre 800 et 1600 ISO avec des appareils milieu de gamme . Par exemple, ma limite acceptable est de 1600 ISO avec le Nikon D750.

  • Comparer maintenant les images à bas ISO sans réduction de bruit avec celles à haut ISO avec réductions de bruit, et essayez d’évaluer si les détails ont été conservés. Voyez-vous cet effet de lissage qui donne un effet peinture ?
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