L’ouverture

Le temps est venu de parler d’un des sujets les plus redoutés de la photographie : l’ouverture et le nombre f !

C’est le deuxième outil pour contrôler l’exposition (avec la vitesse d’obturation et la sensibilité ISO), et probablement le moins intuitif des trois 🧐

Vous souvenez-vous de l’analogie du seau et des tuyaux dans la leçon sur l’exposition ? L’ouverture correspond au diamètre du tuyau, un moyen simple de contrôler la quantité d’eau qui arrive dans le seau. Plus le diamètre du tuyau est petit, moins nous récupérons d’eau.

C’est exactement ce qu’il se passe dans votre objectif : il contient un diaphragme dont la surface d’ouverture peut varier : grand ouvert jusqu’à presque entièrement fermé.

Notre œil fait la même chose pour s’adapter aux différentes conditions lumineuses : la pupille se dilate pour collecter un maximum de lumière dans un environnement sombre, tandis qu’elle se rétracte en plein soleil pour éviter l’éblouissement.

Mais comme pour la vitesse d’obturation, la modification de l’ouverture ne fait pas que changer l’exposition, elle a d’autre conséquences. Elle modifie la profondeur de champ. C’est ainsi qu’on appelle la distance entre l’élément net le plus proche, et celui le plus éloigné. En d’autres termes, la profondeur de la zone de mise au point. Nous en reparlerons dans une autre leçon car d’autres paramètres qui peuvent la modifier.

Pour l’instant, retenons juste qu’une grande ouverture implique beaucoup de lumière arrivant sur le capteur et une faible profondeur de champ : le sujet apparaît net et l’arrière-plan est flouté. Et inversement, une petite ouverture va limiter la quantité de lumière reçue, et créer une grande profondeur de champ : toute l’image est nette.

Cet effet n’est ni bon ni mauvais en soi, tout dépend ce que vous essayez de communiquer avec votre image. Voici un exemple de faible profondeur de champ :

Et un autre avec une grande profondeur de champ :

Une grande part de la confusion concernant l’ouverture vient de sa notation très peu intuitive : les fameux nombres f.

C’est un nombre sans dimension obtenu grâce à la magie noire (en réalité non, mais la vraie explication va plus vous embrouiller que vous aider), qu’il faut comprendre comme suit :

« plus le nombre f est petit, plus l’ouverture est grande, plus la quantité de lumière entrant dans l’objectif est grande, et plus la profondeur de champ est petite » 

C’est la raison pour laquelle l’ouverture maximale d’un objectif est une caractéristique importante (la valeur f la plus faible possible).

Maintenant, compliquons un peu 🙂

Si vous vous souvenez bien, nous avons défini un STOP d’exposition dans la leçon précédente, comme le fait de doubler la quantité de lumière qui atteint le capteur. C’était facile avec le temps de pose car il suffisait de le doubler pour gagner un STOP. Pour gagner un STOP avec l’ouverture, il ne faut pas la multiplier par deux mais la diviser par 1,414 (racine de 2) 😒

Puisque personne n’a envie de calculer cela, les photographes mémorisent plutôt la séquence des ouvertures par incrément de 1 STOP :

f/1 - f/1.4 - f/2 - f/2.8 - f/4 - f/5.6 - f/8 - f/11 - f/16 - f/22

L'ouverture d'un objectif - Crédits KoeppiK - CC BY-SA 3.0

Vous n’avez pas besoin d’apprendre par cœur ces nombres, mais il est utile de savoir comment ils s’enchaînent. Par exemple si vous photographiez à f/4 et vous voulez diminuer l’exposition d’un STOP, vous passez à f/5.6, etc. Rassurez-vous, dès que vous allez vous soucier de votre ouverture, vous retiendrez ces nombres très rapidement car ce sont toujours les mêmes 😉

Attendez, ce n’est pas tout à fait fini, il y a un autre facteur important à prendre en compte quand vous choisissez votre ouverture !

Si vous photographiez beaucoup à l’extérieur, vous allez souvent vous retrouver dans une situation où vous voulez avoir une grande profondeur de champ (= tout est net dans l’image), et vous avez largement assez de lumière pour choisir l’ouverture que vous voulez (car la sensibilité ISO et la vitesse pour avoir une bonne exposition seront tous les deux à des valeurs acceptables).

Suite à ce que nous avons discuté avant, votre réflexe naturel serait de fermer l’ouverture autant que possible, disons f/22.

Ça serait une mauvaise idée. La raison s’appelle la diffraction, un phénomène optique qui devient de plus en plus visible à mesure que la lumière traverse des petites ouverture. Concrètement, votre image sera de moins en moins nette à mesure que fermez votre ouverture. Vous pouvez aussi observer des franges colorées sur les bords de certaines formes.

Généralement, ce n’est visible qu’à partir de f/11. Aussi, la plupart des objectifs doivent aussi faire des compromis aux grandes ouvertures, et ne donneront pas leur meilleure netteté à pleine ouverture (petit nombre f).

La conséquence de tout cela est que chaque objectif a une « ouverture idéale », à laquelle la netteté est optimale. Plus vous vous éloignez de cette ouverture, plus la netteté sera dégradée. Selon la qualité de l’objectif, cet écart peut être à peine perceptible, ou bien vraiment nuire à vos images. La valeur exacte de cette ouverture idéale dépend de chaque objectif, mais souvent pour les reflex et hybrides, elle se situe autour de f/8. Cette valeur d’ouverture est donc un bonne ouverture « par défaut ».

D’ailleurs l’expression anglaise « f/8 and be there » traduisible par quelque chose comme «fermez à f/8 et soyez présent » , souligne qu’il est plus important de saisir le bon moment avec un réglage par défaut, plutôt que de le rater en essayant de trouver le plus optimal.

Maintenant, à vous !

Votre mission d’aujourd’hui va être assez courte ! L’idée est tout simplement de jouer avec l’ouverture et de voir comment cela impacte votre profondeur de champ et peut générer de la diffraction.

Réglez votre appareil en priorité ouverture, et trouvez un bon sujet. Il faudrait qu’il soit clairement déparé de l’arrière-plan et à une distance raisonnable de vous. Idéalement, le sujet serait à 2-5m de vous et à 10m ou plus de l’arrière-plan.

Prenez des photos de ce sujet à toutes les ouvertures de votre objectif en faisant la mise au point sur le sujet. Remarquez comment la vitesse d’obturation compense ces changements. Faites attention à bien toujours faire la mise au point sur le sujet et pas sur l’arrière-plan.

Sur votre ordinateur, observez comment la profondeur de champ est modifiée par l’ouverture. Observez vous une différence au niveau du flou d’arrière-plan ?

Comparez aussi la netteté à f/8 et à f/22 (ou la plus petite ouverture que vous avez testée) : en zoomant à 100%, la photo prise à la plus petite ouverture devrait être sensiblement moins nette dans la zone de mise au point.

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